28 octobre 2020

Les Épines du Mal

– Sarah, dépêche-toi ! Marie est prête !

Sarah est agacée, prends son temps pour retarder le moment.

– Je t’ai mis un billet de 20 euros sur la table pour faire quelques courses pour l’apéro de ce soir ! N’oublie pas le Martini ! Tu sais qu’elle aime ça !

Sarah se lève brutalement de son canapé. Elle en avait marre de se coltiner Marie. Marie par-ci, Marie par-là ! Sa préférée ! Depuis plusieurs années, elle supportait cette situation sans broncher.

– N’oublie pas de lui mettre de la crème solaire sur le visage ! Tu sais bien qu’elle a la peau fragile ! 

– Écoute, je sais ce que j’ai à faire alors arrête de me rappeler à l’ordre. Ta Mijorée, elle n’est pas conne non plus ! Elle est capable de se tartiner la tronche avec de la crème !

– Je te défends de l’appeler ainsi. Si elle t’entend, je vais devoir la réconforter après.

Elle claque la porte en partant, suivie de près par la Mijorée. Rien que d’entendre ses pas timides derrière elle, Sarah sent la colère grandir en elle.

– Ne me colle pas comme ça, je déteste ça ! 

Sarah repousse la Mijorée qui tente désespérément un rapprochement corporel.

– J’en ai ras-le-bol de cette nénette ! On me prend vraiment pour une nounou.

Dans la rue, des ouvriers s’activent à des travaux de voirie. Elle hésite longuement. Et si elle la poussait dans la bouche d’égout ouverte mais on la prendrait pour une folle alliée ou elle finirait en prison.

Elle pince le bras de Marie et serre de plus en plus fort pour être assurée qu’elle ressente la douleur.

– ça te fait mal j’espère ? assène Sarah. Bien fait pour toi ! 

Marie est beaucoup plus jeune qu’elle. Une jolie rousse au regard un peu niais mais qui respire la perversité. Alors, la promener pour que monsieur puisse travailler calmement….

Sarah traverse la rue bondée de passants. La Mijorée la suit, l’air enjoué. Le soleil cogne fort. Si seulement, elle pouvait choper une bonne insolation ou des coups de soleil sur le visage. 

– Marie a été sage. Ce sera donc ma préférée pour aujourd’hui. Et toi Sarah, pendant ce temps, tu t’activeras à nous préparer un bon plat pour nous revigorer.

C’était toujours pour moi cette besogne. Les seules fois où Marie a eu à nous préparer à manger, c’était infecte. Depuis, elle restait souvent la préférée de Monsieur. Et moi, j’étais souvent plantée au milieu de la cuisine à couper légumes, viandes et aromates pour satisfaire les estomacs de chacun. Si seulement ce couteau pouvait lui transpercer le ventre et répandre ses entrailles sur le sol de cette pièce. Marie, la pauvre fille abandonnée, orpheline à 14 ans, recueillie chez nous après plusieurs voyages dans les foyers. Celle qu’on embrasse délicatement, celle qu’on accueille dans notre lit conjugal. Et moi, je deviens quoi ? La vieille mégère que le temps ne gâte pas ? Je suis l’esclave, la mal aimée, la mal baisée !

La Mijorée s’arrête pour observer le magnifique rosier aux épines bien fournies. Et si je la poussais dedans, peut-être qu’elle pourrait se crever un oeil ? Je vais lui faire avaler les branches, ça lui apprendra la vie. Sarah presse le pas. Elle espère semer Marie et enfin, se promener seule. Mais son mari la frapperait sans réserve. “Tu es jalouse”, “Tu n’acceptes pas la situation”… À quoi bon  tendre le bâton pour se faire battre. Marie retrouverait de toute manière sa place de première Dame dans le lit conjugal. Elle entend Marie et son pas si familier qui la suit comme une servante écervelée.

Le magasin apparaît au bout de la rue mais Sarah décide de faire un détour par le parc. Elle sait qu’ici, il n’y a plus de passage depuis qu’un tueur en série avait décrété que ses victimes y seraient assassinées. Ce parc porte malheur aux yeux des habitants.

Là-bas, Marie est absorbée par les fleurs et les papillons.

– Vas-y la Mijorée, fais-toi plaisir une dernière fois. Amuse-toi ! Contemple ce beau spectacle, ton dernier !

Sarah regarde aux alentours. Pas âme qui vive pour l’arrêter dans son sinistre dessein. Elle ressasse toutes les raisons qui la poussent à vouloir la mort de cette belle créature. Si jeune et si belle… Il a raison mais…c’est moi qu’il a choisi en premier, pas elle. Il suffirait juste de serrer mes mains autour de son délicat cou, de serrer fortement jusqu’à ce que sa peau prenne une teinte bleutée. Mais comment justifier un tel acte ? Un autre tueur en série passé par là ? Marie qui a voulu absolument se promener dans ce parc, pendant que moi, je faisais les courses ?

– C’est magnifique ! murmure Marie dans un souffle admiratif.

– Moi, je sais ce qui est magnifique pour toi…Je vais te montrer. Ne te retourne pas, c’est une surprise.

Elle s’approche doucement de Marie. Elle veut à tout prix serrer son cou, sentir la vie quitter le corps de cette idiote.

Tout se déroule rapidement. Elle glisse sur une flaque de boue et une douleur lancinante lui martèle l’arrière de la tête. Avant d’entrevoir les ténèbres, elle aperçoit Marie se piquer avec les épines d’un rosier. Elle se tourne vers Sarah qui ne saura jamais si Marie pleurait pour elle ou pour la goutte de sang qui formait une perle parfaite sur son doigt.

2 réflexions sur « Les Épines du Mal »

  1. Bonjour Dorothée !

    Je reconnais là la consigne de Boileau-Narcejac ! S’il est vrai que j’en ai lu tellement de versions que je ne peux plus me farcir ce texte, j’ai apprécié l’univers de la tienne, avec cette jalousie montante, la perfidie avérée de Sarah (quelles pensées affreuses), dans un triangle amoureux un peu sordide. J’aime surtout la dernière phrase, pour le léger changement par rapport à la version première, en effet, le doute subsiste d’autant plus sur les ressentis de Marie. Bref, une lecture agréable, mais je vais éviter les rosiers cet après-midi 😉 Belle journée à toi, Sabrina !

    1. Bonjour Sabrina

      J’ai été très étonnée d’avoir réussi cette consigne car j’ai eu mes trois étoiles.
      Merci pour ton retour positif et attends la prochaine consigne (la parodie et le pastiche). Celle-ci a vraiment du succès lol (en même temps, je me suis éclatée à l’écrire).
      A bientôt.

      Dorothée

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