27 octobre 2020

La première crotte de nez

Ce n’est ni la première, ni la dernière. Avec le temps, on gagne en dextérité et pourtant, se curer le nez n’a jamais été autant secret. Tout le monde le fait, personne n’ose l’avouer.

Ça commence bien avant le geste : ça gratouille, ça chatouille. Puis vient ce moment fatidique où l’ingrat disgracieux se doit d’être délogé. Le doigt, attiré inéluctablement dans l’antre des plaisirs nasaux, s’approche, timide, des parois sinusales. D’abord, une certaine contenance. La peur de se faire surprendre. Mais bientôt, les gestes se font de plus en plus farfouilleurs jusqu’à fureter les moindres plis de la grotte en quête de la moindre petite crotte.

Le renifloir engourdi par tant de hardiesse, la première boulette ne se fait pas prier : le doigt toujours enfoui dans le tarin, on la tire, on la tortille dans tous les sens, dans l’espoir d’extraire la vilaine torpille. Puis l’extraction enivrante fait émerger ce plaisir d’être soulagé de cet inconfort. Avec l’impatience d’un sculpteur aguerri, c’est enfin le moment de vérité. 

Petite perle modelée, sans tambour ni trompette, la coquine, d’une pichenette, peut finir sa course dans une fenêtre. Quant au propriétaire malchanceux, personne n’égalera son doigté qui, après plusieurs tentatives de créer la majestueuse boulette, ira déposer sur la soie d’un mouchoir ou le rapeux d’un essuie-tout, la pâte gluante et visqueuse de son moelleux reliquat. Quant à l’affamé, sa pelote finira en royal festin dont il paraît que le goût salé est bon pour la santé.

Jamais quiconque n’ira se vanter de manier l’art de se décrotter le nez.

Note de moi-même : Merci à mon frère de m’avoir inspiré ce texte. Pour la petite anecdote, tout petit qu’il était, ce jeune homme n’arrêtait jamais de se décrotter le nez. Il se délectait de chaque petite pépite, croustillante ou gluante. J’ai effectué quelques recherches sur internet. Selon une étude, 1 personne sur 5 affirme se décrotter le nez. Les 4 autres seraient donc des menteurs. Bonne lecture !

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