27 octobre 2020

La Chose

Consigne sur la construction d’une intrigue. Je n’arrive toujours pas à me satisfaire de la construction de cette nouvelle. J’ai appliqué les conseils apportés mais le découpage des séquences et le résultat final n’est toujours pas satisfaisant à mon goût. Ce n’est que mon propre avis mais espérons que je puisse un jour faire mieux. En attendant, je vous la propose quand même en lecture.

Le jour de mes trente-trois ans, ma sœur me rendit visite. 

– Tiens me lança-t-elle, un large sourire aux lèvres. De quoi émoustiller ta créativité littéraire !

Elle me sauta au cou pour m’embrasser, chose que je détestais par dessus tout. Nous étions proches depuis la mort de nos parents et pourtant tout nous opposait. Elle respirait la joie de vivre. Moi, j’étais plutôt du genre morose. Elle adorait les câlins. Je les fuyais. La ressemblance physique restait notre seul point commun. Nos yeux verts s’étiraient comme deux amandes et nos cheveux d’un blond vénitien retombaient en boucles parfaites au dessus de nos épaules.

– Elsa, tu sais bien que je déteste les cadeaux ! En plus, tu as un don pour m’offrir des trucs bizarres ! lui lançais-je pour me moquer. Habituée par mes remarques, elle me sourit tout simplement. A l’intérieur du paquet se trouvait un magnifique carnet à la couverture de cuir noire. Les pages épaisses d’une couleur ocre ressemblaient à des parchemins d’antan. Je pressentais déjà que ma plume en noircirait les moindres recoins.

Je la remerciai dans une étreinte fraternelle sans oublier de frotter mon poing sur sa chevelure, ce qui me valut le regard le plus noir dans l’histoire de la fraternité.

– Tu sais toujours ce qui me fait plaisir, petite sœur ! Promis, juré ! Mon prochain roman te sera dédicacé ! lui lançais-je, accompagné d’un sourire ironique. Elle finit par me sourire de nouveau. En tant que meilleur frère du monde, je savais exactement comment l’amadouer. Des années d’expérience qui m’avaient valu pas mal de brimades.

Nous passions une bonne soirée. Je lui avais préparé un bon chili, recette héritée de notre père décédé il y a quelques années. Elsa me raconta fièrement où elle avait acheté ce carnet. Elle m’avoua que le vieux vendeur ne lui avait pas fait bonne impression. Elle avait jeté son dévolu sur le carnet, disposé dans une vitrine, au milieu d’autres objets aussi étranges les uns que les autres. 

– Tu sais, le vendeur a enfilé des gants pour l’emballer. Je n’ai pas compris pourquoi mais il était tellement farfelu, alors j’ai pas cherché plus loin. Tu vois, mes cheveux, à côté des siens, sont magnifiques !

Elle ria si fort qu’elle renversa la moitié de son verre de vin rouge sur le sol. Je ne comprenais pas ce que ses cheveux venaient faire dans cette histoire. L’alcool devait certainement y être pour quelque chose.

En repartant, elle tituba un peu et ne cessait de répéter une blague sur Einstein et ses gants de velours. Je ne comprenais pas tout mais grand bien m’en fasse, je n’avais pas la tête à réfléchir.

Le lendemain matin, le réveil fut difficile. J’avais la gueule de bois et des douleurs au niveau de mon bras. Je me dirigeais vers la salle de bains en traînant des pieds, avec l’impression d’avoir du plomb dans les orteils. Je me rinçais le visage pour me réveiller et lorsque je pris la serviette pour me sécher, je vis sur mon bras des symboles étranges gravés sur la peau. La panique finit par m’envahir et mon réflexe premier fut de joindre ma sœur, en vain.

En attendant qu’Elsa me rappelle, je décidais de baptiser mon carnet. Celui-ci se trouvait toujours sur la table d’entrée. Je l’ouvris mais à ma grande surprise, je lus une inscription à faire froid dans le dos.

-Alors connard, ta gueule de bois est passée maintenant  ?

La phrase disparut aussitôt. Par instinct de survie, je tentais par tous les moyens de m’en débarrasser. J’ai allumé un feu de cheminée : au milieu des flammes, il restait impassible. Je l’ai jeté dans l’océan : il est réapparu comme par magie sur mon bureau. Je n’avais donc pas d’autres choix que de le regarder trôner fièrement sur la table de mon salon.

En attendant que ma sœur veuille bien me donner signe de vie, je partis à la rencontre du vendeur. Heureusement, j’avais encore le ticket de caisse en ma possession. Hors de question de transporter cette horreur avec moi. Arrivé devant la devanture sinistre de la boutique, j’entrais dans le magasin et j’aperçus le vieil homme derrière son comptoir. Ses cheveux hirsutes et crasseux n’inspiraient pas la confiance.

– Bonjour Monsieur. Puis-je vous déranger un instant ?

Pas de réaction. Il ne leva même pas la tête.

– Monsieur…insistais-je.

Enfin, il daigna me répondre.

– Elle vous a piégé n’est-ce pas ?

– Qui ça elle ? lui demandais-je du tac au tac.

Il leva sa manche et me montra des symboles, les mêmes que ceux inscrits sur mon bras.

– Comment puis-je m’en débarrasser ?

– Il n’y a pas grand-chose à faire, juste attendre que sa colère se calme et patienter jusqu’à ce que la chose apparaisse me répondit-il calmement.

Mais de quoi me parlait-il. Perdant patience, je l’attrapais par le col.

– Une bonne fois pour toutes, vous allez me dire ce que je dois faire oui ou merde ?

– Attendre, simplement ! Ne la touchez plus ou elle aura votre peau.

En rentrant chez moi, je vis le carnet, fidèle à son poste. « Saloperie de carnet » pensais-je. Je maudissais ma sœur et ses idées saugrenues, d’autant plus qu’elle ne m’avait toujours pas rappelé. Cette entrevue avec le vendeur ne m’avait apporté rien de plus. Ses conseils n’étaient pas des plus éclairants mais je décidais quand même de les appliquer. Je ne savais pas qui était La Chose, ni ce qu’elle incarnait. Je décidais donc de l’ignorer jusqu’à son apparition.

Plusieurs semaines s’écoulèrent sans un seul incident. J’ignorais vaillamment ses nombreuses tentatives si bien qu’un jour, à la place du carnet, je trouvais LA chose. Posée sur le bureau, entre le pot de crayons et l’ordinateur, sa simple vue éveille en moi une frayeur indescriptible. Mon bras portait toujours les stigmates de mon pacte avec elle. Gare à moi si je lui désobéis ! Je suis son pantin, sa marionnette et rien ne l’arrête…pas même les sacrifices et les offrandes que je lui ramène chaque semaine. 

Je n’ai jamais revu Elsa, celle que LA chose a menée vers moi pour me réduire en esclavage. En vérité, elle n’a jamais existé.

3 réflexions sur « La Chose »

  1. Hello Doro !

    Je relis cette nouvelle version de l’histoire, où on peut voir déjà des améliorations. Comme je l’avais dit sur la première version, il y a d’excellentes choses (notamment le mystère du carnet, la chose, la fin déconcertante…)
    Voici mon humble avis (tu prends que ce qui t’intéresse bien sûr ;)) sur cette version qui ne te convient pas encore.
    – réarranger l’ordre des répliques en début (d’abord elle l’enlace puis elle lui offre le cadeau)
    – on ne comprend pas l’étreinte fraternelle, pourquoi elle est en colère (alors qu’elle est d’humeur vive, et lui déteste les embrassades)
    – supprimer le passage de description du lieu et du vendeur et l’expliquer en dialogues pour que ce soit plus mystérieux et vivant
    – éviter de dire mais plutôt montrer (la panique m’envahit etc..)
    – de manière générale, raccourcir l’entrevue entre frère et sa soeur, pour avoir plus de temps pour tout le mystère de carnet, la peur, les tentatives de s’en débarrasser, le vendeur…

    Bon, ce n’est que mon avis à la lecture, et je ne sais pas si cela va mieux t’éclairer, mais je peux expliquer en MP si jamais. Ça n’enlève rien au plaisir de lire tes lignes, surtout que ton texte a du potentiel niveau mystère et frissons, et je suis certaine que tu peux le retravailler à ton goût ! Belle journée à toi,

    1. Bonjour Sabrina
      J’ai parfois l’impression de ne pas réussir à prendre le recul nécessaire pour m’auto-critiquer.
      Après je suis une éternelle insatisfaite mais il faudrait que je retravaille le séquencier.
      J’imagine que je vais apprendre au fil de l’eau.

      En tout cas, tes conseils vont certainement m’éclairer.

      @bientôt
      et merci pour ton point de vue !

  2. Bonjour Dorothée,
    j’avais déjà apprécié la première version, et tout autant cette version dont tu ne sembles pas satisfaite. ( Sans doute fais -tu partie du clan des éternels insatisfaits car trop perfectionnistes:)
    Sabrina te pointe les remarques essentielles. Néanmoins le suspens est toujours là, et le lecteur ne peut que demander une suite. Tu tiens là vraiment un sujet pour une plus longue histoire.

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