28 octobre 2020

Fais pas ta princesse !

Petite consigne sur l’écriture d’une nouvelle noire avec contraintes de mots imposés. Pour le fun, j’ai ajouté quelques contraintes en plus : caser les mots princesse et cornichons ! C’est chose faite avec cette petite nouvelle que j’ai pris plaisir à rédiger !

Installé dans son fauteuil, un pot de cornichons à la main, Ted Bundy observait Alma qui lui fit un clin d’œil. Elle se trouvait là, face à lui, le regard vide. Il en avait bavé avec celle-là, à se débattre au lieu de se laisser aller.

Fais pas ta princesse et laisse-toi faire ! lui avait-il hurlé au visage.

Ce souvenir si heureux… il y avait pensé plus d’une fois. Les effets ne se firent pas attendre. Il sentit son sexe se gonfler. Repenser à ses cris lorsqu’il a commencé à la démembrer. Entendre ce délicat et doux craquement lorsque l’os se déboîtait avant qu’il ne découpe avec soin la chair autour des articulations. Et ce sang… Ce sang si chaud qui suintait des plaies jusqu’à lui faire tourner la tête.

-Un bras, deux bras… Une jambe, deux jambes…

Sa besogne terminée, il avait fini par se débarrasser du tronc et de ses membres dans un feu de joie. Il avait hésité au début.

-Pourquoi ne pas prendre le tronc ? Il pourrait s’amuser avec…

À vrai dire, il faisait toujours attention. Il enterrait les restes de ses victimes dans une tombe de fortune, près de l’autoroute. Savoir que quelqu’un pouvait le surprendre l’excitait plus que tout.

-Mais Alma… Alma, cétait différent.

Ses pulsions avaient eu raison de lui. Il n’avait pas réussi à se séparer de cette tête fascinante et pulpeuse. Cette bouche majestueuse ne le laissait pas indifférent. Une petite poupée à côté des autres pouffiasses qu’il avait tuées.

À côté de lui se trouvait le t-shirt d’Alma, imprimé d’un billet de cent francs belge. Il resta bloqué sur les visages aux grimaces glaçantes…Toutes ces têtes, ça le rendait fou. Il renifla pour la énième fois ce vêtement au parfum si enivrant…

-100 ! Oui, c’est ça, il m’en faut 100Hein Alma, qu’il m’en faut 100 ?

Elle ne lui répondait jamais. Où allait-il trouver tous ces membres ?

Tic, tac, tic, tac… Le chronomètre accélère… Ce chronomètre dans sa tête qui ne cessait de le pousser à aller au-delà de ses capacités meurtrières. L’envie, le besoin de tuer. Ah ça, il aimait. C’était plus que pressant. Comment allait-il s’y prendre cette fois ci ?

Ted était plutôt bel homme. Peut-être pouvait-il se servir de son physique comme appât ? Muni d’un stylo plume, il prit une enveloppe sur laquelle il griffonna ces quelques mots : bras, jambes, 100, challenge. Les têtes grimaçantes lui parlèrent.

-Ted, nous les voulons, ces têtes. Elles doivent nous rejoindre. 

-Stop, arrêtez ! Je vais y arriver. Pas besoin de me faire chier. Alma, aide-moi je t’en supplie…

Alma le regardait, d’un air livide, avec l’impression qu’elle voulait lui avouer quelque chose. Quelque chose mais quoi ? Ted en avait marre. Ces voix, ces têtes qui lui ordonnaient de trouver des bras et des jambes.

-Mais pourquoi ? Parce que ce sont de simples têtes ? Sans bras ni jambes ? C’est quoi ce délire ?

Le pot de cornichons finit par tomber sur la moquette déjà tâchée de son appartement miséreux. Ses gestes brusques ne cessaient de témoigner de son impatience… ou peut-être de son désarroi.

-Putain de cornichons ! Je vais leur couper la tête ! 

Ted Bundy ne cessait d’aller et venir dans la pièce. Toute personne extérieure en ressentirait presque des frissons à l’observer parcourir le salon de long en large, s’arrachant parfois les cheveux, criant, marmonnant des paroles incompréhensibles pour qui ne se trouve pas dans sa tête.

Alma, elle, s’en fichait. Figée, pétrifiée dans son aquarium mortifère, elle l’observait de son œil morve et moqueur.

Bien fait ! lui susurre-t-elle.

Il était persuadé d’avoir vu ses lèvres bouger pour former ces maigres mots.

Mais Ted continuait de tourner en rond, de plus en plus nerveux, voire colérique. Les cornichons étalés sur la moquette en témoignaient. Le tissu moelleux du sol avait absorbé le jus, formant une tâche qu’un quidam qualifierait de « suspecte ».

Non, ce n’est pas possible ! Ce n’est pas faisable ! 100… c’est beaucoup trop…

Arrête de chipoter connard ! Tu n’as pas eu de difficultés à me scier la gueule ! Fais pas ta princesse ! Tu te souviens…

Un temps de réflexion. Ted Bundy tourne en rond, ne sait que faire. L’envie est là. Oui, elle est bien présente, plus forte, plus pressante.

– Pffff… fiotte ! lui crie Alma. Tu ne vaux pas un clou !

Aaaaahhhh putain de merde ! Me fais pas chier connasse !

Un coup de pied et les restes du pot de cornichons volèrent à travers la pièce.

Ted n’en pouvait plus. Le désir et l’envie le tuaient à petit feu. Il attrapa la tête d’Alma car tout ce qu’il souhaitait, c’était la posséder. Posséder cette femme qu’il avait tué.

Il serra très fort contre lui le t-shirt imprégné de son odeur floral. Sentir sa chair putride tout contre son torse. Malgré l’odeur de la mort, il finit dans une danse macabre que lui seul pouvait se permettre. Sa toute-puissance ne cessait de faire des allers retours dans une salsa endiablée que le commun des mortels ne pouvait comprendre. Rattrapé par ses ardeurs, il s’enroula le t-shirt autour du visage pour sentir les effluves de sa perfidie. Les visages lui parlèrent à nouveau.

Continue ainsi et la vie te perdra !

Il se cambra, s’anima d’une lueur que seul un tueur pouvait comprendre. Ressentir cette jouissance contre un cadavre en putréfaction… L’oxygène se fit rare, le sperme imprima son caleçon.

Lorsque les policiers découvrirent son cadavre, une grimace se dessinait sur son visage. Dans son appartement, aucune trace de celles qu’il avait considéré comme des princesses. Enfin presque… seule Alma trônait fièrement dans son salon mais dans son immonde va-et-vient, elle avait terminée sa course à côté de la boîte de cornichons.

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