2 mars 2021

Entretien avec mon cerveau

Petit cerveau, te voici face à une consigne qui ne t’inspire point. Comment oses-tu te vider de ta substance neuronale ? Tes piètres performances me font honte. Peut-être vas-tu considérer ma main comme l’incarnation de la procrastination ? Va, petit cerveau, je ne te hais point. Tu fais comme tu peux, avec ce que la vie t’offre comme surprise. Va-t’en ! Laisse-moi un peu rêver.

Ah si j’avais des clones pour me remplacer dans les tâches les plus ingrates ! Je pourrai m’activer à écrire la meilleure nouvelle de science-fiction que le monde n’ait jamais connu. Mais non, je suis là, enfouie sous une tonne de choses à faire (et accessoirement sous ma couette en train de réfléchir). Alors quitte à écrire ne serait-ce qu’un semblant de texte, autant laisser mes pensées s’égarer vers un monde où mes désirs seront des ordres. Je sais, ce n’est pas une excuse valable. Le temps, le temps ! On en trouve du temps quand on cherche après.

J’imagine un futur idéal où j’aurai une armée de clones, de vraies copies conformes qui s’activeraient à rendre mon quotidien plus simple et plus épanouissant.  

Qui n’a jamais rêvé un jour de pouvoir se dédoubler pour être plus efficace et plus rapide ? 

Qui n’a jamais rêvé d’un monde où le temps s’offre à vous comme une bénédiction tombée du ciel ?

Imaginons un instant. Chaque être humain sur terre possède quelques clones. 

– Admettons que ce soit réalisable. Il se poserait la question de la surpopulation non ?

– Cerveau, je t’en supplie, laisse-moi réfléchir. Ne sois pas si rationnel. Avec la pandémie actuelle, de la place, il y en aura.

Où en étais-je ? Ah oui, mon armée de clones.

Le matin, par exemple, ça donnerait une sorte de réunion matinale avec discussions sur la répartition des tâches. Une vraie politique managériale.

– Numéro 2 : Toi, aujourd’hui, tu vas au travail.

– Encore ! Mais j’en ai marre moi ! ça fait déjà deux fois cette semaine. Pourquoi tu n’envoies pas Numéro 12 ?

– Ne discute pas ! Tu es plus au courant qu’elle pour le dossier de cette semaine. Donc go, go, go ! Numéro 5, toi, aujourd’hui, tu t’occupes de notre fils. N’oublie pas de lui donner ses antibiotiques ce midi.

–  Oh mais il n’arrête pas de râler en ce moment. En plus, il me tape pour ne pas prendre ses cachets. Regarde mon bras. Il m’a griffé hier soir.

– Bon, c’est qui le patron ici ?  Allez, c’est bon, ce n’est pas un monstre non plus. Numéro 3 ? Numéro 3 ?

– J’arrive ! J’ai quand même le droit de faire pipi non ?

-Numéro 3, toi, c’est mission courses et ménage. Je compte sur toi. N’oublie pas le papier-toilette surtout. Pas le premier prix. Il gratte les fesses et fait des bouloches.

– Je confirme !

Je les regarderai s’activer à leurs tâches pendant que moi, la Reine Mère, je me prélasserai, je dormirai, je me reposerai. J’aurai tellement d’avantages à posséder ma propre armée de clones. Par exemple, finies les disputes avec le mari. Maintenant, c’est le clone qui s’y colle. Pas envie d’aller à un repas de famille, Numéro 8 subira les brimades et autres bagarres familiales inutiles. Bref, je gagnerais en confort de vie.

– Tu n’as pas peur que tes clones se rebellent contre toi ? Ils pourraient très bien entrer en guerre contre toi, non ?

– Oh mais tais-toi, cerveau ! Laisse mon imagination faire son travail. Je n’aurai qu’à appuyer sur un bouton pour les désactiver par exemple. Elles ont quand même le droit de râler. Ce sont mes clones, ne l’oublie pas. Et puis on se trouve dans mes pensées. On se fiche bien de savoir si c’est réalisable ou pas. Tout est possible en littérature m’a affirmé un jour mon ancien correcteur.

– Soit ! Partons de ce postulat un peu tiré par les cheveux !

En fin de journée, je ferai le point avec mes clones. Satisfaites de notre journée bien remplie,  on se réunirait pour fêter notre efficacité inégalable. Les clones de mon mari seraient aussi de la partie. Ça en ferait du monde à la maison. Bien sûr,  les enfants n’auraient pas encore le droit d’en posséder. Il faudrait avant toute chose décrocher un emploi et effectuer une demande auprès du bureau des clones pour obtenir son permis de dédoublance.

–  Dédoublance ? Quel est encore ce terme dont tu as le secret ? D’ailleurs, tu ferais comment pour te cloner ?

– Et alors ? Est-ce bien grave ? Tu sais, dans la science-fiction, les auteurs s’inventent des univers. Sinon pour répondre à ta question, on pourrait très bien envisager une machine que tu apprends à manipuler en passant ton permis de dédoublance.

– Oui mais bon…quand même.  Tu aurais pu employer le terme dédoublement par exemple.

– Le principal, c’est qu’il y a de l’idée. Je n’ai peut-être pas pris le temps de finaliser cette nouvelle dans les règles de l’art mais au moins, je me suis penchée sur le sujet. Venons-en aux inconvénients. Certes, j’aurai plus de temps pour moi mais il faudrait aussi les nourrir, leur donner un logement.

– Tu vois, on en revient au risque de surpopulation que j’évoquais tout à l’heure. Pandémie ou pas, le problème se poserait chez toi. Surtout si ton mari possède aussi ses propres clones.

– Pourquoi pas dans un sous-sol aménagé avec des chambres individuelles. Tu sais, comme dans les films futuristes. Des sortes de petits aquariums pour dormir, une fois la journée terminée. Et oui, mon pauvre cerveau, j’ai réponse à tout.

– Dans ce cas, tu nous l’écris quand cette nouvelle ?

– Pour une fois, tu marques un point.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *